Opinion d’ Alex Ntung

Le 12 juillet 2021, le porte-parole des FARDC (forces armées de la République Démocratique du Congo), le général-major Léon Richard Kasonga, a signé un communiqué annonçant des opérations « musclées » contre les groupes d’autodéfense civiles banyamulenge de Twirwaheho, Gumino et Android, en les accusant du terrorisme, les attaques aux paisibles populations civiles et aux positions FARDC, mais aussi d’être en liens de connivence à cet effet avec les groupes armés burundais de RED-Tabara et FNL au sein d’une coalition œuvrant dans le cadre du Mouvement Fédéral de la Révolution et la Démocratie.

Quelques jours après, un groupe armé Burundais, Red Tabara, opérant au Sud Kivu, et les jeunes d’auto-défense Twirwaneho, ont réagi à ce communiqué de l’armée congolaise.

Le chef de l’Etat, SE Félix Tshisekedi Tshilombo, a montré sa déception lors de son dernier séjour en Ituri que, les FARDC qu’il dirige depuis bientôt deux ans,  est un réseau de mafia. Par la suite, le gouverneur militaire du Nord Kivu, le Lieutenant-général Constant Ndima Kongba, dans son discours juste avant celui du Président Tshisekedi avait dit que, les FARDC doivent stopper de distribuer les armes aux groupes armés. « Ces armes sont achetées par l’Etat. Ces armes tuent la population et les militaires ».

Partant de ces révélations:

Il est noté que le communiqué du 15/07/2021 de RED-Tabara contredit celui des FARDC du 12/07/2021 accusant cette rébellion burundaise d’être en connivence avec les Twirwaneho, en précisant qu’aucun lien quelconque n’existe entre elle et les Twirwaneho. Que par contre le RED-Tabara est en confrontation directe avec ces derniers.

Le communiqué des jeunes de l’autodéfense Twirwaneho du 13/07/2021 a aussi contredit de façon véhémente et en termes clairs celui des FARDC, en rejetant en bloc toutes les accusations mis à leur charge par la hiérarchie supérieure des FARDC dans le cadre du communiqué du 12 juillet 2021.

 Considérant les contradictions qui émergent des documents sous examen, il sied de faire ces quelques observations nécessaires dans le cadre de notre analyse des objections émises respectivement par les RED-Tabara et les Twirwaneho par rapport aux accusations portées contre eux par les FARDC.

 En effet, les Red Tabara ont déclaré qu’ils ne se sont jamais attaqués aux FARDC, en précisant au contraire qu’ils sont en confrontation directe avec les Twirwaneho, pour implicitement dire qu’ils sont les alliés des FARDC dans le cadre de la mission de l’anéantissement complet de Twirwaneho, mission qu’ils partagent avec les Mai-Mai depuis 2017, année du début de la guerre qui ravage les hauts-plateaux dans laquelle les Banyamulenge sont les principales cibles des attaques mai-mai et des rebelles burundais de RED-Tabara, FNL et Forebu, avec l’appui voilé des FARDC.

 Il est à signaler que selon le Rapport des Experts de Nations-Unies du 10 juin 2021, les FARDC sont identifiés comme des alliés de Mai-Mai dans le cadre des expéditions d’attaques contre les villages banyamulenge et le pillage de leur bétail. Donc, si les RED-Tabara affirment qu’ils combattent les Twirwaneho, la logique de choses est que les Twirwaneho soient considérés comme le protecteur du pays contre les envahisseurs étrangers et être appuyés par les FARDC dans cette guerre noble.  Mais comme nous vivons un monde en l’envers, les FARDC ont choisi à pactiser avec les Mai-Mai, les véritables auteurs des tueries de plusieurs centaines des personnes, des pillages de centaines de milliers des vaches et des destructions massives et à grande échelle des villages banyamulenge, ainsi qu’avec leurs alliés à cette cause, les groupes armés étrangers de RED-Tabara, FNL et Forebu. 

 La communauté Banyamulenge a toujours dénoncé que les Mai-Mai sont en coalition avec le RED-Tabara et les FARDC pour exterminer les Banyamulenge. Les Mai-Mai eux confirment clairement que leur objectif est d’exterminer les Banyamulenge et les Red-Tabara viennent de confirmer dans le cadre de leur communiqué du 15 juillet 2021 qu’ils soutiennent le même objectif.

C’est ainsi que sur le terrain, le quartier général de Red Tabara est dans la localité de Malimba/Masango.  C’est ce même Masango qui est le siège des Mai-Mai selon leurs déclarations officielles. Alors que le quartier général des FARDC dans le secteur de Bijombo se trouve à Magunda à 3 km de Masango et, les FARDC n’ont jamais attaqué le quartier général de Mai-Mai à Masango. Donc les RED-Tabara, les Mai-Mai et les FARDC sont quasiment dans un même village, c’est-à-dire dans un même complot. Le commandant des FARDC de la place est le petit-fils du général (Mai-Mai) autoproclamé Zabuloni, un ancien irréductible muleliste très connu de triste mémoire. Le fait que le leadership des FARDC n’évite pas ce conflit d’intérêt dans les procédures de déploiement n’est pas une erreur ou une naïveté.

Il est observé que le communiqué des FARDC ne condamne nulle part les groupes armés Mai Mai. Certaines sources dans les médias sociaux démontrent des opérations conjointes entre les FARDC et Mai-Maï. Le rapport des experts de Nations Unies confirme aussi la distribution des armes aux groupes Mai Mai par les FARDC pour attaquer les Banyamulenge. Le porte-parole des FARDC dans le secteur opérationnel Sokola II sud Sud-Kivu n’a jamais condamné les attaques et tueries régulières de Banyamulenge perpétrées par les milices de Mai Mai.  Seuls les milieux habités par les Banyamulenge sont militarisés. 

Le communiqué des FARDC déclare la guerre contre seulement un groupe d’auto-défense associé aux Banyamulenge. En d’autres termes ce communiqué déclare la guerre contre une communauté, les Banyamulenge en termes simples.

Pour finir cette petite analyse, ajoutons que le mouvement M.F.R.D mentionné dans le communiqué de FARDC ne se trouve que dans l’imaginaire de l’auteur du communiqué ou de ses fallacieux informateurs. Ce mouvement fantôme que tout munyamulenge ignore d’après notre analyse-enquête n’est qu’un alibi que veulent exploitent tous les ennemis de la cohabitation pacifique entre les tribus des hauts-plateaux, notamment les Banyamulenge, Bafuliru, Banyindu et Babembe. Fouiner du côté de cette dernière tribu vous trouverez cette piste-source origine du fameux mouvement. Cette analyse démontre que les Mai Mai, les Red Tabara et les FARDC ont comme cibles communes et uniques les Banyamulenges. Donc les Banyamulenges sont victimes d’un complot sous-régional, dont les acteurs se trouvent au sein des arènes du pouvoir militaire du pays, que le chef de l’Etat devrait dénicher si, en réalité, il attend dénouer la crise humanitaire qui secoue les hauts-plateaux qui risque d’aboutir à un génocide total de la communauté victime, et dont le compte pourra lui être demandé tôt ou tard.

Alex Ntung est doctorant en analyses de conflits, auteur et analyste politique de L’Afrique des Grands Lacs. Twitter: @AlexMvuka