La ville de Goma est tombée dans les mains des rebelles du M23 ce lundi 27 janvier.  Le président kényan William Ruto qui est à la tête du bloc économique de la communauté Est-Africaine a convoqué une réunion d’urgence pour ce mercredi. Il a dit que les présidents congolais et rwandais ont confirmé leur participation.

Selon nos sources, les responsables militaires et civils congolais ont commencé à quitter la ville de Goma dimanche soir. 

Dans un communiqué, le porte-parole du gouvernement congolais Patrick Muyaya, a demandé aux habitants de ne pas céder à la panique. Plusieurs dizaines de militaires congolais ont été obligés de fuir vers le Rwanda. 

« Des militaires sont venus dans nos maisons pour que nous leur donnions des habits civils afin qu’ils ne puissent pas être reconnus. C’était très déshonorant ce qui s’est passé », a témoigné à Amjambo Africa un habitant de Goma.

Plusieurs fonctionnaires de la Monusco, mission de l’ONU au Congo ont également fui vers le Rwanda à bord des bus de transport.

Des morts au Rwanda 

Selon RBA (Rwanda Broadcasting Agency), un média d’Etat qui cite le général de brigade Ronald Rwivanga, « cinq civils ont été tués lundi dans le district de Rubavu (province de l’ouest-Rwanda) ». Le porte-parole de l’armée rwandaise a attribué ces meurtres aux FARDC (Forces Armées de la République démocratique du Congo) et aux génocidaires Hutus-FDLR  » qui ont lancé des obus sur le territoire rwandais ».

 » Au moins 35 autres civils ont été blessés et admis dans différentes structures sanitaires », selon l’armée rwandaise qui rassure la population de l’ouest du pays frontalière avec le Congo, quant à leur sécurité. 

L’EAC veut éviter le pire 

Le bloc économique des pays de l’Afrique de l’Est, EAC, a annoncé un sommet en urgence sur la situation chaotique dans l’est du vaste pays de l’Afrique centrale.  Le président kényan William Ruto qui est à la tête de l’EAC, a déclaré lundi que le sommet sur la crise congolaise aura lieu ce mercredi. William Ruto a affirmé que  » les présidents congolais Félix Tshisekedi et rwandais Paul Kagame lui ont confirmé leur participation à la réunion de mercredi ».

 » Un engagement direct avec le M23 et toutes les autres parties prenantes sur le théâtre dans l’est de la RDC est une nécessité », a déclaré le président kényan qui assure la présidence tournante d’une année à la tête de l’EAC. 

Le Rwanda et la République démocratique du Congo font partie des huit pays qui composent la communauté Est-Africaine. Jusqu’à présent, les autorités congolaises refusent de négocier avec le M23 qu’elles qualifient comme  » un groupe terroriste ».

Le lieu du sommet n’a pas été précisé.  Récemment, le président rwandais Paul Kagame a vivement critiqué les organisateurs des sommets et conférences sur la crise congolaise  » qui sont plus intéressés par la prise de photos et signature de documents qu’à trouver de vraies solutions aux vrais problèmes posés ».

Le président kényan a déclaré devant la presse qu’il est aussi très important que les gens comprennent « les problèmes et les causes profondes de la persistance de ce confit depuis de nombreuses années ».

Photo: des congolais de Goma qui fuient vers le Rwabda

Dimanche, le vaste pays de l’Afrique centrale s’était plaint auprès du Conseil de sécurité de l’ONU.  

Le 26 janvier, le Conseil de sécurité des Nations-Unies avait convoqué une réunion en urgence sur la situation dans l’est du Congo.  Les autorités congolaises ont accusé le Rwanda d’avoir envoyé des troupes sur le sol congolais en plein jour.  Et pour la première fois, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres a appelé le Rwanda à  » retirer ses troupes  » de la RDC. 

 » L’armée rwandaise a pénétré en plein jour sur notre sol », a déclaré à New-York, Thérèse Wagner, ministre congolaise des affaires étrangères.   » Une déclaration de guerre qui ne dit pas son nom « , selon Madame Wagner. 

La cheffe de la diplomatie congolaise a appelé l’ONU à prendre des sanctions contre le Rwanda. 

 » Le Conseil de sécurité doit imposer des sanctions ciblées incluant le gel des avoirs et l’interdiction de voyager, non seulement contre les membres identifiés de la chaîne de commandement des forces armées rwandaises, mais aussi contre les décideurs politiques responsables de cette agression « , a-t-elle déclaré avant de réclamer  » un embargo total sur les exportations de tous les minerais étiquetés comme rwandais, en particulier le coltan et l’or ».

Dans un communiqué sorti dimanche, le ministère rwandais en charge des affaires étrangères a signifié que les combats acharnés autour de Goma ont été déclenchés par la violation constante du cessez-le-feu par les FARDC (Forces Armées de la République démocratique du Congo), les génocidaires Hutus-FDLR, les milices locales entretenues par les autorités congolaises, les mercenaires européens, les militaires de la FDNB (Force de défense nationale du Burundi), les troupes de la SADC ( Communauté de développement de l’Afrique australe ) et les forces onusiennes.

Condamnations américaines

« Nous condamnons dans les termes les plus forts les hostilités du Rwanda et du M23 à Goma », a dit Dorothy Shea, ambassadrice des États-Unis par intérim à l’ONU.  

 » L’utilisation par le Rwanda d’armements et de systèmes sophistiqués, notamment le blocage des signaux GPS, interfère avec la réponse humanitaire, met en danger la Monusco et ceux qui fuient la violence”, a-t-elle insisté.  

« Ces actions doivent cesser immédiatement. Les États-Unis envisageront tous les outils à leur disposition pour que les responsables de la poursuite du conflit armé, de l’instabilité et de l’insécurité en RDC, rendent des comptes », a mis en garde l’ambassadrice Dorothy Shea.