Lucie Narukundo est la propriétaire de Moriah Store, son magasin, qui se situe au 364, Cumberland Avenue, à Portland. Elle est arrivée aux Etats-Unis et a demandé l’asile en 2010. Née d’une mère rwandaise et d’un père congolais, Mlle Narukundo. a dû quitter son pays natal afin de fuir la guerre civile. D’une nature joyeuse et enjouée, elle nous a parlé librement/facilement en anglais de son expérience dans le Maine.
Elle a commencé par dire: “J’aime les Américains et j’aime ce pays, les gens ici sont toujours prêts à aider”. Quand elle est arrivée aux USA, Mlle Narukundo ne connaissait aucun mot d’anglais. Elle est restée dans un abri pour les gens sans logement pendant quelques mois, puis elle a habité avec une amie pendant plusieurs mois, avant de pouvoir enfin trouver un appartement. “C’était dur, très dur”, dit elle, “Je ne pouvais pas m’exprimer et parler aux gens, je ne pouvais pas manger la nourriture américaine-elle était trop sucrée pour moi. Je ne mangeais que des fruits. Tout était difficile”.
Mlle. Narukundo a reçu l’aide d’Amércains qui lui étaient inconnus. “Ils ne me connaissaient pas, mais ils m’ont aidée. Ils m’ont emmenée à l’hôpital quand j’avais besoin d’y aller, ils m’ont aidée à trouver de quoi manger et un endroit où vivre. Petit à petit, elle a pu construire sa nouvelle vie. D’abord, elle a obtenu un travail de femme de ménage dans un hôtel. Ensuite, elle a suivi une formation PSS et pris des cours CRMA et elle a travaillé comme aide dans une maison de retraite pendant trois ans. Elle étudia l’anglais, et remercie tous les professeurs de Portland Adult Education qui lui ont permis de savoir communiquer couramment en anglais. “Il faut apprendre l’anglais quand on vit ici, sinon on ne peut rien faire,” explique-t-elle. Elle se fit aussi deux bonnes amies américaines, Becky et Barbara, qu’elle a rencontrées a Portland Adult Ed. Elles sont devenues si proches qu’elles sont comme de la famille pour elle maintenant!
Lorsque Mlle Narukundo. s’est enfuie d’Afrique, elle a dû y laisser son mari et neuf enfants. Une fois qu’elle a réussi à s’installer en Amérique, elle a commencé à chercher comment faire venir le reste de la famille dans le Maine. Elle avait vu comment les tensions de l’immigration avaient fait séparer des familles entières et elle était résolue à ce que cela n’arrive pas à sa propre famille. Elle s’inquiétait surtout de son mari parce qu’il ne parlait pas anglais et aurait par conséquent du mal à trouver un emploi dans le Maine.
Après avoir bien réfléchi, elle eut l’idée d’un magasin africain, pensant que son mari pourrait aider tout en s’adaptant à la vie ici. Elle avait entendu parler de CEI grâce aux gens qu’elle connaissait. On lui avait dit que CEI aidait les gens à démarrer des commerces et offrait aussi des formations spécialisées pour les immigrants. “Si je suis ici dans ce magasin aujourd’hui, c’est grâce aux programmes de CEI. J’ai appris à comment mener un commerce, les impôts, le financement qu’il faut avoir pour mettre un commerce en route.”. Elle ouvrit le magasin en 2014 et presque quatre années plus tard, Moriah Store a vraiment pris sa place dans la communauté et dans le quartier. Une clientèle fidèle y entre et sort. Un homme, encore nostalgique de la boisson soda Fanta qu’il avait l’habitude de boire chez lui en Afrique, s’arrête au magasin seulement pour ça. D’autres clients remplissent leurs sacs de provisions diverses.
Mlle Narukundo tient la caisse et accueillit les gens qui entrent. Elle est aussi talentueuse avec toutes les langues qu’elle peut parler, le Swahili, le Kinyarwanda, le Français, l’Anglais et d’autres langues locales/dialectes africains. Elle est très fière de son magasin, surtout du fait qu’elle offre un grand choix de produits, en passant de la nourriture aux produits pour le corps ou les cheveux. Certains produits sont transportés d’Afrique, en passant par le New Jersey ou New York, et arrivent directement au magasin. Cependant, deux fois par mois, sa famille voyage au New Jersey pour aller se ravitailler en produits surgelés pour remplir les congélateurs qui sont contre les murs du magasin. Ils sont en effet remplis de viande surgelée de chèvre, de poisson, de feuilles de cassave et autres légumes africains. On y trouve aussi des cagots de plantaines fraiches, tomates, poivrons, yams, et il y a différentes variétés de poisson séché à l’entrée du magasin. Des étagères sont étalées du devant à l’arrière du magasin, sur lesquelles sont posées des conserves de poisson, des bocaux d’épices, des boîtes de thé, et autres diverses provisions.
Mlle. Narukundo est satisfaite du parcours de sa vie dans le Maine. Sur ses cinq enfants biologiques, trois sont désormais étudiants à l’université et le quatrième travaille pour une compagnie d’assurances. Un autre va bientôt recevoir son diplôme de lycée. Son mari a obtenu son propre travail. Mais ils ont aussi quatre enfants qu’ils ont adoptés quand ils étaient orphelins il y a vingt ans pendant la période du génocide au Rwanda. Ils s’occupent d’eux et les entretiennent. Ces enfants adoptés vivent en Uganda et la famille rêve du jour où ils pourront tous être réunis.dans le Maine.
Mlle. Narukundo conseille aux nouveaux arrivants, “Laissez vos craintes à la porte”. Elle leur recommande d’étudier, de retourner à l’école, de s’inscrire à des formations. Elle sait que c’est très difficile parfois d’arriver sans éducation. Beaucoup d’hommes et femmes qui étaient fiers d’avoir bien réussi chez eux en Afrique ont du mal à accepter qu’il est nécessaire de reprendre des études dans leur pays d’adoption. Cependant elle dit qu’il est impératif de le faire afin d’apprendre les habitudes du nouveau pays et d’obtenir les qualifications nécessaires pour obtenir un emploi satisfaisant ici. Mais avant tout, elle insiste encore sur le besoin d’étudier l’anglais.
Mlle. Narukundo reparle de la gentillesse des Américains. Elle dit avoir demandé une fois à son conseiller social., “Que puis-je faire pour remercier ce pays?” et on lui a répondu qu’elle pouvait aider avec du travail en hospice. Elle se sentait capable de faire ce travail. “Pendant les guerres africaines, j’ai vu beaucoup de personnes mourir. J’ai été bénévole dans un hôpital en Afrique pendant ces conflits. Je n’ai pas peur de voir les gens mourir.” Alors, elle travaille depuis 2010 en tant que bénévole aide en hospice. Elle porte son badge avec fierté alors qu’un grand sourire illumine son visage. “Je le fais une fois par semaine maintenant”, dit-elle. Mlle Narukundo, de taille menue, est évidemment grande dans son coeur et sa volonté.
Moriah Store est ouvert tous les jours de 10 heures à 20 heures.