Claude Rwaganje est arrivé de la République Démocratique du Congo dans le Maine en 1996, il y a presque 22 ans. A cette époque, peu d’Africains vivaient dans le Maine. En fait, l’expression “venant d’ailleurs” était souvent employée pour décrire les personnes qui venaient d’une autre partie de l’état, ou d’un autre état – personne n’imaginait alors que le Maine allait bientôt accueillir de nouveaux résidents venant d’Afrique.
Mr. Rwaganje a été obligé de quitter son pays et de venir se réfugier ici pour se protéger. Activiste depuis un jeune âge, il n’avait jamais eu peur de parler contre l’injustice et les mauvais traitements dans son pays, ce qui a fait de lui une cible. Il a quitté sa patrie en 1994, pendant une période violente de la guerre mondiale africaine. Il peut encore se souvenir des scènes de confusion qui régnaient juste avant qu’il ne quitte son pays: les maisons en feu, les bus et les camions portant les fusils, amenant les troupes, les femmes et les enfants qui arrivaient à Bukawa, la ville universitaire où il avait étudié, et qui était aussi la ville la plus proche de la frontière entre le Rwanda et le coté congolais. Trois de ses amis d’université, qui, eux, ne sont pas partis, pensant que tout irait bien, ont été tués pendant la violence de cette époque.
Mr. Rwaganje parle de lui-même et des autres immigrants africains qui habitent maintenant dans le Maine, “Nous ne sommes pas ici par choix, mais à cause de ce qui s’est passé dans notre pays. J’aimerais tant être dans mon pays natal pour partager mes connaissances et mes qualifications, mais je ne peux pas être là-bas parce que c’est trop dangereux.”
Fondateur et Directeur Exécutif de “Community Financial Literacy”, rebaptisée à l’occasion de son dixième anniversaire “ProspéritéME”, Monsieur Rwaganje se souvient des premières vagues de Somaliens et Soudanais qui ont commencé à arriver dans le Maine au début des années 2000. Il se souvient aussi des réfugiés et des demandeurs d’asile qui ont commencé à arriver en grands nombres, venant du Burundi, de la République Démocratique du Congo, du Rwanda et de l’Angola au début des années 2010, 2011, et 2012. La vie a commencé à vraiment changer pour ces immigrants après cela, et il note avoir remarqué avec plaisir qu’il y a maintenant une meilleure réception de la diversité dans notre état.
“Nous ne voulons pas être des étrangers dans notre propre état”, dit-il. “J’aime le Maine. J’aime les gens du Maine. Je veux que l’on construise l’état ensemble. Nous sommes ici pour contribuer à l’économie du Maine, un état qui a accueilli ceux d’entre nous qui étaient dans le besoin.” Rwaganje mentionne la démographie de l’état du Maine et le rôle important que les nouveaux immigrants jouent en occupant des postes que les travailleurs plus âgés avaient quittés. “Nous sommes ici pour contribuer. Tout le monde peut y gagner”, il remarque. Il ajoute que cette année très peu de nouveaux immigrants sont venus dans le Maine à cause de la décision de Président Trump de réduire les nombres de réfugiés.
M. Rwaganje est marié et il a des enfants, et ceux-ci se sont bien intégrés à la vie locale. En fait ils se sont si bien intégrés que leurs parents s’inquiètent maintenant de les voir complètement oublier leur culture congolaise. Ils parlent la langue anglaise couramment, et M. Rwaganje parle l’anglais très bien lui-même. Il parle aussi la langue française et le Kinyamulenge, le Swahili, le Kirundi, et le Kinyarwanda. Il remarque que 90% des immigrants africains arrivent dans le Maine ayant acquis une bonne éducation. Lui-même est venu aux Etats-Unis ayant fait des études de biologie et de pharmacie. Après être arrivé, il a obtenu un diplôme en Business Administration à USM et ensuite un MBA.
Malgré ses diplômes, quand il est arrivé dans ce pays, tout était nouveau pour lui. Quand il a déménagé ici, il venait d’une économie basée sur le cash-flow. Il raconte des histoires qui témoignent du fait que la vie était si déroutante dans ce nouveau pays où l’économie est basée sur un système bancaire. Ses histoires expliquent aussi ce qui l’a poussé à fonder CFL (maintenant appelé ProsperitéME). Lors d’un rendez-vous avec un employeur juste après être arrivé, ce dernier faisait référence aux formulaires 401K et M. Rwaganje ne comprenait pas de quoi il parlait. On lui a expliqué enfin que ces formulaires avaient à faire avec la “retraite”- c’était aussi un nouveau concept pour lui. Comme il n’était pas capable de décider quel plan choisir, il ferma les yeux et choisit un plan au hasard. Il réalisa après que si c’était si difficile pour lui, d’autres trouveraient cela compliqué aussi.
Une autre fois, on lui a demandé de co-signer pour une personne qui n’avait pas de crédit et qui avait besoin d’aide pour acheter une voiture. Il ne savait pas qu’en co-signant, il deviendrait alors responsable de la facture et de la dette accrue. Il était coincé au début parce que le client avait quitté l’état sans prévenir et payer, mais heureusement, il a pu trouver une manière légale de se sortir de cette situation, mais il réalisa que d’autres personnes pourraient facilement se retrouver dans la ruine financière s’ils ne comprenaient pas le système financier américain.
En 2008, M. Rwaganje a décidé de créer une organisation à but non lucratif avec pour fin d’éduquer les premières générations d’immigrants à construire des vies de qualité. Il voulait aider les gens à investir dans leur avenir, atteindre le rêve américain et construire une communauté plus prospère. CFL a assisté beaucoup de personnes de manières différentes pendant ces dernières années, par exemple avec des comptes en banque individuels de développement (en partenariat avec CEI) qui ont aidé à financer les études, les petits commerces, les achats de maisons et les achats de voitures; avec des classes sur les finances: et avec des cours particuliers en conseil de finances, pour ne citer que quelques exemples. CFL a surtout assisté les réfugiés, les immigrants, et les demandeurs d’asile, mais aussi des individus qui ont des revenus modestes.
M. Rwaganje insiste sur le fait qu’il n’a pas bâti l’organisation à lui seul et qu’il n’aurait d’ailleurs pas pu le faire seul. Ses partenaires incluent Portland Housing Authority, qui a fourni à l’entreprise naissante son premier site; Avesta Housing, qui offre maintenant un espace comfortable; et aussi Portland Adult Education. De plus, CFL a eu un excellent comité, dont les membres ont fait un travail merveilleux à travers les années, et du personnel qualifié. Aujourd’hui, l’organisation compte trois employés qui travaillent à plein temps, un employé à mi-temps, et un conseiller en plus de Claude. Il y aura aussi bientôt deux nouveaux employés.
Le 8 mai marquait le dixième anniversaire de cette organisation à but non lucratif. Les membres de la communauté se sont rassemblés à Thompson’s Point pour célébrer avec de la musique, de la nourriture, des boissons, et une remise de récompenses- et l’annonce d’un nouveau nom. Ces dernières années, l’organisation s’est élargie. Seulement à Portland à l’origine, il y a maintenant un deuxième bureau qui a ouvert à Lewiston. ProsperitéME voit désormais plus loin que la compétence individuelle en finance et s’intéresse à la prospérité de la communauté. Il y a quatre branches dans la vision de l’organisation: les connaissances en finances, le développement professionnel, le soutien aux petits commerces et aux entrepreneurs, et l’assistance à ceux qui veulent étudier à l’université.
“ Nous sommes ici en tant que contributeurs,” dit Claude Rwaganje à propos de ProspéritéME. “Nous employons des Américains et des immigrants. Nous aidons les gens à investir dans le Maine. Nous servons.”