Micky Bondo est candidate au conseil scolaire du District 1 de Portland
Abusana Michael Bondo – connue par beaucoup sous le nom de ‘Micky”- a fui son pays natal, le Zaire (plus tard renommé République Démocratique du Congo), en 1996 avec son mari, Docteur Mvita D. M’bambi, et leurs enfants, pour échapper à la Première Guerre du Congo.
A cette époque,elle n’avait pas réalisé qu’elle allait non seulement perdre sa patrie mais aussi perdre la carrière qu’elle avait construite dans la recherche scientifique. Maintenant, vingt-deux ans plus tard, et bien établie dans le Maine après avoir surmonté des obstacles considérables, Micky vient d’annoncer sa candidature pour faire partie du conseil scolaire dans le District 1 de Portland. Elle a récolté les signatures nécessaires, respecté la date limite pour annoncer sa candidature, et sera sur le bulletin aux élections de novembre. Micky dit qu’elle aime le Maine, et qu’elle souhaite rendre à son état d’adoption ce qu’il lui a donné. “Je suis ici pour rendre, pas seulement pour prendre. L’éducation est indispensable au succès économique de Portland et de l’état du Maine, et je suis bien placée pour aider Portland en rejoignant le conseil scolaire.”
Née dans une famille parlant le français et le Lingala, à Kinshasa, Mlle Bondo a reçu une excellente éducation parce que son père, un journaliste et homme politique, avait une croyance profonde en la valeur de l’ éducation. Il a encouragé sa fille à non seulement aller à l’université mais aussi à accéder à un niveau supérieur. Après avoir obtenu sa Maîtrise en Biochimie, elle fut ainsi employée pour faire de la recherche sur la maladie de la Drépanocytose. Elle travaillait dans un laboratoire scientifique depuis quinze ans et avait déjà fondé une famille quand la guerre, qui allait changer sa vie pour toujours, éclata.
Après avoir fui la République Démocratique du Congo, la famille s’est d’abord installée à Atlanta, en Géorgie, où le mari de Micky avait trouvé un emploi dans son domaine, l’agriculture. Au début de leur arrivée à Atlanta, Micky a appris que ses études et ses diplômes ne seraient jamais reconnus aux Etats-Unis. Alors elle a passé son temps à travailler à Mc Donalds pour un salaire de $4.75/heure…”à faire le meilleur hamburger qu’on ait jamais pu faire!”. Il y avait des jours où Micky était désespérée, se demandant si elle devrait plutôt retourner en Afrique, où elle pourrait mettre à profit son niveau d’éducation. Cependant, son père lui avait toujours dit que “avec des connaissances, et et des diplômes, qu’importe ce qu’il arrive, on peut monter sur la scène du monde et performer.”
Alors Micky décida de penser stratégiquement à sa situation. Elle étudia le marché de l’emploi à Atlanta et comprit quelles carrières recevaient les meilleurs salaires. Et elle retourna à l’université, en commençant les études au niveau du DEUG. Elle étudia pendant deux ans, un an avec une spécialisation en Business, et un an avec une spécialisation en Education. Lorsqu’elle finit ses études et obtint son diplôme, elle fut employée par Your Dekalb Farmers Market, où elle travailla pendant douze ans. Ses capacités étaient telles qu’elle fut promue à un poste de gérante.
La crise financière de 2007 ayant considérablement touché les états du sud, Micky et sa famille ont été obligés une fois de plus de changer leurs plans. Des amis qui habitaient dans le Maine leur conseillèrent de venir s’installer à Portland. Ils regardèrent sur une carte des Etats-Unis où se trouvait le Maine et quand ils apprirent qu’il y avait en plus une communauté francophone à Portland, ils prirent la décision d’aller y tenter leur chance. Et Micky se mit à nouveau à chercher un emploi où elle pourrait utiliser ses qualifications. Comme elle avait été bénévole dans les écoles à Atlanta, s’était familiarisée avec le système éducatif américain pour aider ses cinq enfants pendant des années, et avait aussi fait des études en éducation, elle décida d’exploiter cette unique expérience. Elle comprit qu’elle pouvait aider les nouveaux immigrants à comprendre le système scolaire américain, et elle commença à travailler en tant qu’interprète et traductrice pour les écoles locales.
Micky est désormais l’Organisatrice Principale des Parents à Portland Empowered, une initiative de la Muskie School of Public Service à USM, financée par la Fondation Nellie Mae. Portland Empowered développe des alliances et crée des programmes dans le but de réduire les écarts entre les écoles de Portland et les familles et élèves immigrants. D’après leur site, “Les Organisateurs Principaux des Parents sont des ambassadeurs qui sont capables d’établir des connections entre les écoles et les autres parents et les membres de la communauté, dont certains ne parlent pas anglais ou ont un accès limité à l’éducation.” Mlle Bondo a également travaillé au Centre Multilingue et Multiculturel des écoles publiques de Portland en tant qu’interprète et traductrice, et elle fait partie du conseil de Opportunity Alliance. Elle a aussi travaillé avec United Way et Thrive2027, et elle est la co-fondatrice, avec Claudette Ndayininahaze, de In Her Presence, une organisation dirigée par des immigrants pour des femmes immigrantes.
Micky Bondo attend avec impatience de voir comment elle pourra contribuer au conseil scolaire. “J’aimerais inviter des groupes de personnes d’origines diverses pour discuter des problèmes ensemble afin de renforcer l’effort de la ville qui est d’unir les écoles et les parents.” Elle se spécialise dans l’assistance aux parents qui viennent d’arriver, mais elle souhaite travailler pour soutenir tous les enfants et parents. “Il y a beaucoup à faire dans le Maine. Il faut développer une forte coalition de personnes, unir les voix, utiliser les compétences et l’expertise des parents, des administrateurs des écoles, des professeurs, des organisations à but non lucratif, et des bénévoles afin d’améliorer les écoles, ce qui rendra Portland plus forte à la fin.
Ses buts principaux sont: développer les programmes universels d’école maternelle afin que tous les enfants soient bien préparés pour commencer l’école élémentaire; augmenter la diversité au sein des enseignants afin que les enfants d’immigrants puissent voir d’autres personnes comme eux dans leurs écoles; développer des programmes qui encourageront les parents immigrants à participer davantage aux réunions parents-élèves et au système scolaire en général. “Après tous les sacrifices que les parents immigrants ont dû faire pour amener leurs enfants à Portland et à l’école, il faut qu’ils s’investissent maintenant pour que leurs enfants réussissent à l’école. Les enfants ont besoin que leurs parents contribuent à leur scolarité, surtout pendant leur adolescence. Les écoles ne peuvent pas faire ça seules. Les parents doivent participer à la prise de décisions.”
Micky indique les raisons pour lesquelles les parents immigrants ne participent pas souvent aux activités des écoles. Beaucoup exercent plusieurs emplois, et doivent passer pas mal de temps dans les transports, ne peuvent pas bien communiquer à cause de la barrière de la langue, et sont encore traumatisés par la souffrance qu’ils ont vécue dans leur pays natal, et ne sont pas capables d’utiliser des systèmes de notation en ligne comme Infinite Campus pour suivre le progrès de leurs enfants. Ou alors ils sont très occupés avec leurs demandes d’asile, ou ne sont pas bien éduqués eux-mêmes et ne comprennent pas que les élèves doivent planifier leurs études à l’université afin d’obtenir un jour un emploi qui les payera plus que le salaire minimum. “Il faut que les parents utilisent leurs capacités et leurs connaissances afin de surmonter les défis. C’est à chaque individu de le faire,” dit Micky Bondo. “Si je suis élue, je sais que je ne serai pas une super-héroïne”, dit-elle. Mais elle croit que son expérience et son savoir pourraient vraiment aider les écoles de Portland à rétrécir l’écart qui existe entre les écoles publiques et la communauté d’immigrants. L’élection aura lieu le 6 novembre.