Par Jean Damascene Hakuzimana

Un rapport des Nations Unies dévoilé ce mois-ci indique que le Soudan du Sud n’a pas fait de progrès significatifs pour panser les blessures de cette jeune nation deux ans après la fin d’une guerre civile qui a coûté la vie de 40 000 personnes et déplacé plus de deux millions de personnes.

L’Associated Press rapporte qu’au lieu de guérir, le pays se fracture selon des lignes tribales, les politiciens armant les communautés les unes contre les autres. Cela ne surprendra pas les lecteurs de Amjambo Africa, qui a déjà fait état dans de précédents articles de la division des principaux dirigeants politiques du Sud-Soudan en fonction de l’identité tribale.
Le rapport de la Commission des droits de l’homme au Sud-Soudan, qui a été présenté au Conseil des droits de l’homme des Nations unies, désigne la corruption rampante comme un danger pour la guérison de la nation, et note que les autorités du Soudan du Sud font preuve de peu de volonté politique pour poursuivre les crimes graves, et qu’elles arment en fait des milices dans leurs communautés.

Selon le rapport, la violence sexuelle et les pénuries alimentaires alimentent l’aggravation du conflit dans le pays, qui est classé parmi les pays les plus pauvres selon les indices communs de développement humain. En plus de vivre un conflit perpétuel, plus de la moitié de la population du Soudan du Sud souffre de la faim, une situation aggravée par les inondations qui ont forcé de nombreuses personnes à quitter leur foyer depuis juillet.

Les nouveaux dirigeants du Soudan du Sud qui se sont entretenus avec Amjambo Africa par le passé ont exprimé leur espoir d’un rétablissement rapide de la nation après que les dirigeants rivaux aient rompu un accord de paix en février 2020 visant à mettre fin aux conflits armés et à former un gouvernement d’unité.

Toutefois, contrairement à leurs espoirs, le rapport des Nations Unies indique que des acteurs nationaux infiltrés continuent d’armer les milices locales afin d’attaquer les communautés voisines. Et tout cela se produit en dépit d’un embargo sur les armes décrété par les Nations Unies.

Le gouvernement rejette le rapport de l’ONU. « Tous ces rapports sont rédigés par des personnes qui sont confortablement installées dans des hôtels de Juba. Ils rédigent ces rapports pour garantir la continuité [de leurs positions] », a déclaré le porte-parole du gouvernement, Michael Makuei, qui a également affirmé que le pays mettait en œuvre l’accord de paix.

Ce pays riche en pétrole lutte contre les difficultés économiques, notamment contre la forte dépréciation de sa monnaie. Reuters rapporte qu’en juillet 2020, la banque centrale du pays a épuisé ses réserves de change. Le cabinet s’est réuni le vendredi 9 octobre et a décidé d’adopter une nouvelle monnaie et de laisser tomber l’ancienne livre sud-soudanaise afin de sauver l’économie. Le Soudan du Sud possède la troisième plus grande réserve de pétrole du continent africain, après le Nigeria et la Libye.

Le Soudan du Sud a obtenu son indépendance du Soudan en 2011 mais est retombé dans la guerre deux ans plus tard, lorsque le président Salva Kiir et son adjoint Riek Machar ont commencé à se quereller. Plus tard, sous médiation, les dirigeants se sont à nouveau donné la main pour tenter de stabiliser le pays. Il est largement reconnu que si le pays doit guérir, les deux dirigeants devront travailler ensemble, et que ce qu’ils diront à leurs tribus et à leurs partisans respectifs sera la clé du processus de paix.