by Jean Damascène Hakuzimana

Le 4 novembre dernier, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a ordonné des opérations militaires contre la région du Tigré, au nord du pays, qui est limitrophe de l’Érythrée. Les frappes aériennes du gouvernement fédéral contre les installations de stockage de missiles et d’armes lourdes du Tigré autour de la capitale régionale de Mekelle marquent l’escalade dramatique d’un conflit interne de longue date, alimentant les craintes, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Éthiopie, que le conflit ne dégénère rapidement en une spirale incontrôlable, avec des conséquences catastrophiques pour la Corne de l’Afrique.
Le Premier ministre Abiy Ahmed a décrit ces frappes comme des contre-attaques, qu’il s’engage à poursuivre, après que l’armée du Tigré aurait attaqué les troupes fédérales dans la région. The Telegraph rapporte qu’une centaine de soldats du gouvernement sont soignés sur place pour des blessures par balles, tandis que les cas les plus graves sont acheminés par ambulance vers des établissements de soins dans la région de Gondar.

Le gouvernement a déclaré l’état d’urgence dans la province du Tigré et a voté la suspension du financement fédéral de la région. Dans le but de prendre le contrôle et de délégitimer le pouvoir actuellement en place, les législateurs fédéraux ont approuvé la formation d’un gouvernement intérimaire au Tigré.

Le Front populaire de libération du Tigré (TPLF) et Abiy Ahmed ont une longue histoire. Dans les années 1970, le TPLF, ainsi que d’autres factions armées, se sont ralliés pour faire tomber le régime brutal de Mengistu, qu’ils ont finalement renversé dans les années 1990. Une des factions, le Front de libération du peuple érythréen (EPLF), a alors proclamé l’indépendance de l’Érythrée. Entre-temps, l’Armée populaire de libération du Tigré a pris la tête de la coalition restante, et son chef, Meres Zenawi, est devenu Premier ministre de l’Éthiopie, un poste qu’il a occupé pendant 20 ans. Alors qu’il était au pouvoir, le gouvernement dirigé par le Tigré a mis à l’écart d’autres groupes ethniques, ce qui a alimenté les troubles contre le gouvernement, et a ouvert la voie à l’arrivée au pouvoir en 2018 d’Abiy Ahmed, un Oromo-ethnie la plus importante en Éthiopie.

Aljazeera rapporte que les dirigeants de la région du Tigré ont commencé à se disputer avec le gouvernement d’Abiy Ahmed dès son accession à la présidence. Ils l’ont accusé de les marginaliser, tout en se liant d’amitié avec les dirigeants de l’Érythrée. En fait, après son accession au pouvoir, le Premier ministre Abiy a réprimé les dirigeants corrompus occupant des postes de haut niveau, dont la majorité étaient originaires du Tigré. Le Tigré soupçonne que la normalisation des relations entre le gouvernement d’Abiy et l’Érythrée soit un moyen de les contrôler. Après les frappes aériennes du gouvernement fédéral, le Tigré a fermé son espace aérien et bloqué l’accès routier à la région. Le TPLF a saisi les installations militaires fédérales du Commandement du Nord, un acte que le Premier ministre Abiy Ahmed a qualifié de « franchissement d’une ligne rouge ».

L’Ethiopie est confrontée à de nombreux défis en ce moment, en plus de la tension avec le Tigré, parmi lesquels COVID-19, et un conflit majeur avec l’Egypte autour d’un projet sur le Nil. Le Premier ministre Abiy Ahmed a reçu le prix Nobel de la paix en 2019 après avoir tenté de jouer un rôle de médiateur dans la crise au Soudan, au Sud-Soudan, à Djibouti, au Kenya et en Somalie. Sa capacité à apaiser les tensions est désormais très appréciée dans son propre pays, et le continent tout entier observe pour voir ce qu’il peut faire.