Par Éloge Willy Kaneza et Rachel Ndjondjo

Portland — Au Burundi Star Coffee à Portland, l’odeur du café burundais fraîchement moulu provenant des collines de Ngozi, Muyinga et Kayanza, dans le nord-est du Burundi, se mêle à la douceur du jazz, un genre musical américain aux racines africaines. Et ce mélange est tout à fait logique, car pour l’équipe du Burundi Star, le café est plus qu’une simple entreprise : c’est un pont qui relie les continents, les cultures et les peuples.

Quand la curiosité rencontre la culture

Derrière le comptoir, au cœur du rythme quotidien du café, Caroline Iteka explique que les clients parlent principalement anglais, français, kinyarwanda, kinyamulenge, kirundi ou swahili, reflétant ainsi les racines est-africaines du café ainsi que la langue du Maine. Elle décrit également comment le Burundi Star Coffee allie la tradition burundaise aux goûts des habitants du Maine.

« Ici, notre fonctionnement est vraiment celui d’un café, mais c’est un café burundais. Nous vendons du café du Burundi. Notre gérant, André, possède d’ailleurs une plantation là-bas. Mais nous proposons également des plats qui reflètent à la fois les cultures est-africaine et américaine », explique Caroline Iteka.

Le café sert des samosas, des toasts à l’avocat, des paninis et une variété de plats traditionnels et fusion. Malgré sa taille modeste, Burundi Star attire une clientèle diversifiée. « Il y a des Américains et même des Français [qui parlent français] qui viennent ici, pas seulement des Africains », a déclaré Iteka. « Et même les Américains adorent notre ragoût de bananes. »

Arsène Irishura, un autre membre de l’équipe du café, explique que l’établissement ne se contente pas de nourrir le corps : « Nous partageons une partie de nous-mêmes. Et lorsque les gens viennent ici et apprécient cela, cela nous donne de l’espoir. Cela montre que même loin de chez eux, les gens peuvent créer une communauté, une tasse à la fois. »

Pour Iteka, faire goûter la nourriture aux gens est essentiel pour partager la culture. « La plupart des Américains sont curieux. Nous leur donnons toujours une petite cuillère pour goûter le ragoût de bananes, car parfois, on ne peut pas décrire le goût, il faut le “ressentir”. Une fois qu’ils l’ont goûté, ils reviennent pour en reprendre », explique-t-elle.

Irishura reconnaît que la nourriture plaît à beaucoup de palais. « Beaucoup de nos clients sont blancs. Ils adorent notre cuisine. Le ragoût de bananes attire davantage les Noirs, mais nous proposons également des œufs et du fromage pour tout le monde. C’est vraiment un mélange », dit-il.

Quand l’hospitalité ouvre des portes

Derrière le comptoir, les deux jeunes Burundais passent avec aisance de la prise de commandes aux plaisanteries et aux salutations avec les clients dans plusieurs langues. Tous deux sont de jeunes diplômés qui considèrent leur travail au café non seulement comme un emploi, mais aussi comme une opportunité d’évoluer.

« Je viens d’obtenir mon diplôme universitaire », explique Iteka. « Travailler ici m’a permis de rencontrer des personnes d’horizons différents : des PDG, des experts-comptables, des gens du monde des affaires. Cela m’a ouvert des portes et m’a aidé à nouer des relations. »

Cette ouverture d’esprit a donné lieu à des opportunités inattendues. « Un groupe de jazz est venu jouer à South Portland », se souvient Irishura. « Ils ont tellement apprécié notre service qu’ils nous ont demandé de les aider à vendre leurs billets et à organiser leur événement. Tout s’est très bien passé, c’était incroyable. Ce n’est pas seulement un café, c’est un lieu où les gens se rencontrent, nouent des liens et trouvent même du travail ! »

Parmi les habitués, on trouve Anne et Lou Graham, un couple originaire de l’ouest du Massachusetts, qui ont découvert le café lorsque leur fille et son compagnon ont déménagé à Portland il y a environ un an et demi. Ils sont clients depuis lors.

Anne Graham sourit en décrivant ce qu’elle aime. « J’adore le café, j’adore les samosas et j’adore cet endroit. Il est très accueillant », dit-elle.

Son mari Lou est d’accord. « L’équipe partage sa nourriture, ses histoires, sa chaleur, et nous partageons notre curiosité et notre respect. »

Avant de partir, les Graham ont commandé un plat qu’ils ne connaissaient pas : un ragoût de bananes.

« Je viens de voir le ragoût de bananes sur le menu. Ça a l’air délicieux. Je suis toujours prêt à essayer de nouveaux plats ! », a déclaré Lou, avant d’ajouter : « Il s’agit de comprendre et d’offrir une communauté. Les gens s’entraident partout dans le monde, et comme vous le dites, le monde est devenu plus petit : nous pouvons partager ce que nous avons. »

Deux styles de ragoût de bananes d’Afrique de l’Est

Le ragoût de bananes est un plat populaire dans toute l’Afrique de l’Est, en particulier au Burundi, au Rwanda et en Ouganda. Chaque culture apporte au ragoût une saveur et une identité uniques, reflétant les ingrédients locaux et les traditions culinaires, mais le ragoût est toujours préparé à partir de bananes vertes ou de plantains. Le ragoût de bananes préparé par Irishura au Burundi Star est composé de bananes, d’huile, d’oignons, de sardines et d’épinards.

Ragoût de bananes à la burundaise : copieux, rustique et unique

Au Burundi, le ragoût de bananes (igitoki) est traditionnellement copieux et rustique, souvent cuit lentement au feu de bois. Ce plat est préparé à partir de bananes vertes bouillies mijotées avec des haricots, des tomates et parfois une sauce à base d’arachide ou d’huile de palme, ce qui lui donne un goût de noisette et une texture riche.

Une touche burundaise distinctive est l’ajout de petits poissons appelés ndagala, des poissons minuscules et riches en nutriments que l’on trouve uniquement dans le lac Tanganyika, un plan d’eau partagé par le Burundi, la République démocratique du Congo, la Tanzanie et la Zambie. Lorsqu’ils sont ajoutés au ragoût, les ndagala lui donnent une saveur umami profonde et le goût subtil du lac, créant un plat à la fois nutritif et distinctif.

Les cuisiniers burundais y ajoutent souvent des petits pois, qui apportent de la couleur, de la texture et une touche de douceur au ragoût. L’assaisonnement est simple : oignons, ail et sel, ce qui permet de mettre en valeur la douceur naturelle des bananes, la saveur du poisson et la fraîcheur des petits pois. Le ragoût est généralement servi avec des haricots ou du riz, et partagé comme un symbole d’hospitalité et de communauté.

Ragoûts de bananes rwandais et ougandais : crémeux et savoureux

Au Rwanda et en Ouganda, ce plat, souvent appelé matoke, est préparé de manière légèrement différente. Les bananes vertes sont bouillies ou cuites à la vapeur, puis écrasées et mijotées dans une sauce à base de tomates, d’oignons et d’ail. De nombreux cuisiniers enrichissent le ragoût avec du lait de coco ou du beurre clarifié (ghee), ce qui lui donne une texture onctueuse et crémeuse.

Tout comme au Burundi, des petits pois sont parfois ajoutés, ce qui apporte une subtile touche sucrée et un aspect visuel attrayant. Cette version comprend souvent des épices douces comme le curcuma ou le curry en poudre, qui ajoutent une couleur chaude et une saveur délicate. Le plat est servi avec de la viande mijotée, des haricots ou des légumes. L’accent est mis sur une consistance douce et écrasée, qui diffère en termes de goût et de présentation de la version burundaise, plus copieuse et plus consistante.

Un plat réconfortant à partager

Qu’il soit de style burundais ou rwandais/ougandais, le ragoût de bananes est plus qu’un simple repas. Culturellement, il représente la culture, la maison et la convivialité. De la richesse des saveurs de noix et de poisson du Burundi à la purée crémeuse et subtilement épicée du Rwanda et de l’Ouganda, le ragoût de bananes illustre la diversité et la créativité de la cuisine est-africaine.