Kila kitu kina mwanzo na mwisho
“Tout a un début et une fin”

À une époque où le monde reste pratiquement silencieux face aux atrocités commises au Sud-Soudan, en Syrie, en République Centrafricaine et en Somalie, pour ne citer que quelques exemples, le Dr Gregory H. Stanton, le Président fondateur de Genocide Watch, a prononcé le 26 septembre un discours intitulé « Les Personnes Indésirables et Les Limites des Luttes pour la Citoyenneté : Rohingya, Banyamulenge, et autres ». Il a utilisé les cas des Rohingya et des Banyamulenge pour illustrer les étapes du développement du génocide, et pour lancer un avertissement sur les conséquences de l’inaction face au silence des dirigeants mondiaux lors des tentatives d’élimination d’un peuple.

Les Rohingya et les Banyamulenge sont des groupes minoritaires, originaires respectivement du Myanmar et de la République démocratique du Congo. Ils ont été la cible d’autres tribus dans leur pays et ont fait l’objet d’une discrimination systémique. Ils risquent tous deux d’être expulsés de leurs terres natales et de disparaître. À Minembwe, dans l’est du Congo, plus de 150 000 Banyamulenge ont fui leurs villages, qui ont été réduits en cendres. Ces personnes déplacées vivent maintenant dans des camps, dans des circonstances désastreuses, en raison du manque d’aide humanitaire adéquate. C’est également le cas de centaines de milliers de Rohingyas, qui ont fui leurs foyers et vivent dans des conditions désastreuses au Bangladesh. Stanton a déclaré que les cas des Rohingyas et des Banyamulenge correspondent parfaitement à la définition du développement d’un génocide, qui progresse par 10 étapes prévisibles – mais pas inévitables.
Stanton a exhorté les gens à rester vigilants et à faire pression sur les gouvernements pour qu’ils interviennent lorsqu’ils reconnaissent que des mesures sont prises dans le sens d’un génocide. À chaque étape, des mesures préventives peuvent être prises pour mettre frein à l’élan. Le développement n’est pas linéaire, et les étapes peuvent se dérouler simultanément. Elles comprennent : la classification, la symbolisation, la discrimination, la déshumanisation, l’organisation, la polarisation, la préparation, la persécution, l’extermination et la négation. L’une des étapes les plus dangereuses est la déshumanisation, lorsqu’un groupe de personnes nie l’humanité d’un autre groupe, et que les membres du groupe discriminé sont assimilés à des animaux, de la vermine, des insectes ou des noms de maladies. Cela permet aux agresseurs de croire qu’ils tuent des animaux, plutôt que des êtres humains, pendant la phase d’extermination.

L’avalanche de discours de haine qui circule actuellement sur les médias sociaux au Myanmar et en RD du Congo et qui vise les Rohingyas et les Banyamulenge est un puissant outil de propagande, et les dirigeants internationaux devraient rapidement et fermement condamner de tels discours. Ils devraient poursuivre les autorités et les élites qui permettent sa diffusion, ce qui incite au génocide. On devrait interdire aux mauvais acteurs de faire des voyages internationaux et geler leurs comptes étrangers. De plus, les stations de radio haineuses devraient être bloquées ou fermées, les contenus haineux étant interdits dans les médias sociaux et sur Internet.

Le conflit en RD Congo a duré si longtemps que les gens ont commencé à penser qu’il n’y avait aucun espoir de résolution. Les tribus tutsis – comme les Banyamulenge – dans différentes régions du Congo risquent d’être exterminées ou expulsées de leurs foyers d’origine. Parmi les autres points chauds de la RD Congo, citons Beni, dans le Nord-Kivu, où des milliers de personnes ont été brutalement tuées, et l’Ituri, dans le nord-est de la RD Congo (l’une des 21 nouvelles provinces créées en 2015 à partir de l’ancienne province orientale). Et les Batwa – un peuple autochtone primitif, connu sous le nom de Twa, qui vit en RD Congo, au Rwanda et au Burundi – ont été victimes de discrimination pendant de nombreuses années. Ils n’ont pratiquement aucune représentation à aucun niveau de direction dans la politique locale, régionale ou nationale.

Le gouvernement n’a pas la volonté politique de maintenir la paix et la sécurité, et le pays est divisé, avec des milliers de vies en grand danger. L’ONU a déployé l’une de ses plus grandes missions de maintien de la paix au cours des 17 dernières années, mais n’a pas réussi à instaurer la paix, et des innocents continuent de mourir aux mains de diverses milices. Les groupes armés recrutent des jeunes qui errent dans le pays sans aucun espoir d’aller à l’école et de trouver un emploi. Cela fait partie du cycle des conflits sans fin.

Les intérêts multinationaux exploitent les ressources naturelles congolaises, et le trafic de munitions qui tombe entre les mains de personnes irresponsables alimente le meurtre et le viol de millions de femmes. Des fonctionnaires corrompus utilisent les ressources publiques dans leur intérêt personnel et ne fournissent pas les services de base.

Albert Einstein a dit un jour : « Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire ». Nous avons tous un rôle à jouer dans le processus d’arrêt des génocides dans le monde. Nous pouvons et devons faire entendre notre voix et appeler les dirigeants à agir rapidement, avant que d’autres innocents ne soient pris pour cible et tués.

Depuis 1996, la violence a causé la mort de plus de 5,4 millions de personnes en RD Congo. Depuis 2017, plus de 900 000 Rohingyas ont été forcés de quitter le Myanmar pour aller se réfugier dans des camps au Bangladesh. Combien d’autres doivent souffrir ? Et quand la communauté internationale agira-t-elle enfin ?