Par Rachel Ndjondjo | Photo Par Mark Mattos
Chaque année, le 8 mars, le monde célèbre la Journée internationale des femmes. Célébrée depuis 1910 sous différents thèmes, cette journée offre l’occasion de reconnaître le rôle crucial que jouent les femmes dans la société et de réfléchir à la lutte continue pour l’égalité des sexes. Au-delà de la commémoration, cette journée permet aussi aux communautés de se rassembler, de partager leurs expériences et de nourrir l’espoir d’un avenir plus solidaire et inclusif.
À Portland, dans l’État du Maine, la célébration a pris la forme d’un rassemblement communautaire intitulé « Women to Women Gathering », un événement conçu pour créer un espace où les femmes de différentes cultures peuvent se rencontrer, échanger des idées et célébrer leur diversité.
Le samedi 7 mars 2026, plus d’une centaine de femmes burundaises se sont réunies au Portland Eagles Banquet Hall pour participer à l’événement. Bien plus qu’une simple célébration, la rencontre s’est transformée en un moment de connexion et de solidarité entre des femmes issues de différentes cultures et générations.


Dès l’entrée dans la salle, l’atmosphère révélait toute la richesse culturelle de la rencontre. Les participantes portaient de magnifiques robes traditionnelles aux couleurs éclatantes venues d’Afrique et d’ailleurs. Les coiffures soigneusement réalisées, les accessoires traditionnels et les tissus aux motifs vibrants donnaient à la soirée une allure à la fois festive et élégante. Les rires et les conversations remplissaient la salle tandis que la musique créait une atmosphère chaleureuse et joyeuse.
La soirée a été rythmée par des jeux, de la musique et de nombreux moments permettant aux participantes de tisser des liens. Pour beaucoup de femmes, l’événement représentait bien plus qu’une simple célébration symbolique. Plusieurs Burundaises vivant dans le Maine ont affirmé que cette journée est essentielle.
Pour elles, elle représente un moment précieux pour partager leurs expériences et renforcer les liens entre femmes.
Parmi les participantes figurait Caritas Igirukwayo, qui vit aux États-Unis depuis le 18 février 2025. C’était sa deuxième participation à cette rencontre. Elle se souvient qu’une amie l’avait invitée à assister à l’événement l’année précédente et que l’expérience l’avait profondément marquée.
« La Journée internationale des femmes est très importante. Dans mon pays, le Burundi, cette journée est également célébrée avec beaucoup d’enthousiasme », explique-t-elle.
Avant de s’installer aux États-Unis, Igirukwayo travaillait pour l’ambassade des États-Unis à Bujumbura, la capitale économique du Burundi où se concentrent l’administration centrale, les ambassades et plusieurs agences des Nations unies. Igirukwayo souligne que cette journée représente un moment important pour les femmes. « C’est une excellente occasion de se rassembler, d’échanger des idées et de célébrer le rôle fondamental que jouent les femmes dans la société — au sein des familles, des communautés et des institutions », dit-elle. Elle évoque également les différences entre les célébrations au Burundi et celles qu’elle découvre aujourd’hui aux États-Unis. « Au Burundi, les activités se déroulaient souvent dans des institutions ou des lieux de travail. Ici, je constate que l’aspect communautaire est beaucoup plus présent. Des femmes d’origines différentes se réunissent pour célébrer ensemble, et cette diversité rend l’événement encore plus riche », explique-t-elle.

En comparant sa première participation à celle de cette année, elle remarque également plusieurs évolutions. « L’année dernière, je venais d’arriver dans la communauté et je ne connaissais presque personne. Cette année, l’atmosphère était encore plus dynamique, avec davantage de participantes et des activités qui ont apporté beaucoup de joie à la soirée », raconte-t-elle. Selon Igirukwayo, ce type de rassemblement contribue à renforcer les relations entre les femmes et à développer un véritable esprit de solidarité. La diversité des participantes l’a particulièrement marquée. « Il n’y avait pas seulement des femmes burundaises. Il y avait aussi des femmes venues du Rwanda, de la République démocratique du Congo, ainsi que des Américaines issues de différents horizons culturels. Cela reflète parfaitement l’esprit de la Journée internationale des femmes », souligne-t-elle.
Igirukwayo évoque également certaines idées reçues autour de cette célébration. « Certaines personnes pensent que c’est simplement une excuse pour que les femmes sortent tard ou fassent la fête. Mais cette vision est trop simpliste. Les hommes devraient plutôt comprendre l’importance de cette journée et soutenir les femmes dans leur célébration », explique-t-elle. Elle rappelle qu’une année compte 365 jours. « Si une seule journée est consacrée aux femmes, il est normal qu’elles profitent de ce moment pour se détendre, s’amuser et se sentir valorisées », dit-elle.
Elle insiste toutefois sur l’importance de maintenir un équilibre entre la célébration et les responsabilités familiales.
« Lorsque les femmes participent à ces événements de manière responsable, cela renforce la confiance au sein des familles et permet de célébrer dans un climat de respect et de compréhension », ajoute-t-elle.
Parmi les invitées figurait également Leah Hargrove, directrice exécutive de Ladder to the Moon Network. Elle dit avoir été profondément touchée par l’énergie positive et l’esprit de solidarité présents dans la salle.

« Ce qui m’a le plus marquée, c’est de voir des femmes du Burundi, du Rwanda, de la République démocratique du Congo, ainsi que des Américaines réunies pour célébrer leur identité et leur force », explique-t-elle.
Elle souligne que, dans certaines cultures, il est rare de voir des femmes de toutes les générations se rassembler de cette manière. « Parfois, on célèbre certaines étapes de la vie des jeunes filles, mais voir des femmes de tous âges partager le même espace est vraiment spécial », dit-elle. La présence de jeunes filles, de mères, de femmes enceintes et de femmes plus âgées lui a donné un grand sentiment d’espoir. « Voir toutes ces générations ensemble renforce le sens de cette célébration. Cela m’a donné encore plus de courage et de fierté d’être une femme », confie-t-elle.
Hargrove dit également admirer la résilience des femmes immigrées présentes lors de la rencontre. « Ces femmes ont quitté leur pays pour construire une nouvelle vie aux États-Unis. Malgré les défis liés à l’immigration, à la langue ou à l’adaptation culturelle, elles montrent une force incroyable », affirme-t-elle. Selon elle, les communautés immigrées apportent aussi une richesse culturelle précieuse à la société américaine. « Des événements comme celui-ci me donnent de l’espoir pour l’avenir des États-Unis », ajoute-t-elle.
Les jeunes filles étaient également très présentes lors de la célébration. Parmi elles figurait Frista Akimana, dont la mère fait partie des organisatrices. Pour la jeune participante, l’expérience a été profondément inspirante. « C’était incroyable de voir autant de femmes réunies pour soutenir la communauté », dit-elle. Cette expérience lui a aussi permis de comprendre l’importance de l’engagement communautaire. « Quand je serai adulte, je veux aussi aider les autres femmes », affirme Akimana.
Sa mère lui a toujours appris que les femmes font souvent face à de nombreux défis. « C’est pourquoi il est important qu’elles se soutiennent toujours les unes les autres », ajoute-t-elle.
Son message aux jeunes filles est simple : « Croyez en vous, devenez des femmes fortes et soutenez les autres femmes. »
Une autre participante, Stephanie Endambo, originaire de la République démocratique du Congo, assistait pour la première fois à un événement de ce type à Portland. « Dès que je suis entrée dans la salle, j’ai ressenti une atmosphère chaleureuse et accueillante », raconte-t-elle.

Endambo souligne qu’il n’est pas toujours facile pour les femmes immigrées de trouver des espaces où elles peuvent se rencontrer et partager librement leurs expériences. « Mais ici, quelques minutes après mon arrivée, plusieurs femmes sont venues me saluer et me souhaiter la bienvenue. Cela m’a vraiment touchée », dit-elle. L’ambiance lui a rappelé certains rassemblements communautaires dans son pays d’origine. « Retrouver ce genre d’atmosphère dans un pays étranger est très émouvant », confie-t-elle. Selon elle, ce type de rencontre est essentiel pour les femmes immigrées. « Cela nous permet de créer des liens, de partager nos histoires et de nous soutenir dans notre parcours aux États-Unis », explique-t-elle.
Derrière cette initiative se trouve Santiana Nzeye, fondatrice de l’organisation Women to Women et principale organisatrice de l’événement. Mère de deux enfants et installée aux États-Unis depuis neuf ans, elle œuvre activement pour créer des espaces de solidarité entre femmes.
Nzeye explique que l’organisation de l’événement n’a pas été simple. « La communauté traverse des moments difficiles et beaucoup de personnes portent encore des traumatismes », dit-elle. Au départ, les préparatifs avaient commencé bien plus tôt, mais ils ont été suspendus par crainte d’une faible participation. « Puis, quelques semaines avant l’événement, j’ai reçu beaucoup d’appels de femmes me demandant de ne pas l’annuler », se souvient-elle. Certaines lui ont confié qu’elles avaient besoin d’un moment pour se reconnecter avec d’autres femmes après des périodes difficiles.

Encouragée par ces messages, elle a décidé d’aller de l’avant. « Nous n’avions que trois semaines pour tout préparer. J’ai fait appel à des amis, des bénévoles et des entrepreneurs de la communauté », explique-t-elle. Grâce à cet effort collectif et au soutien de sponsors locaux, l’événement a finalement pu avoir lieu.
Parmi les organisatrices figurait également Ninette Irabaruta, qui a souligné l’importance de ces rassemblements dans le contexte actuel. « Aujourd’hui, avec tout ce qui se passe autour d’ICE et de l’immigration, nous avons vu plus d’une centaine de personnes se présenter. Pour moi, c’est un véritable témoignage de solidarité. Même en période de crise, les gens continuent de se rassembler. Les gens ont besoin de communauté. Ils veulent se sentir libres, être ensemble et se soutenir », explique-t-elle.

Irabaruta ajoute que la présence des aînés a donné à la rencontre une dimension particulière. « Le fait d’avoir pu faire venir les aînés a rendu ce moment encore plus significatif. Cela a donné à cette rencontre une dimension bien plus grande qu’un simple événement », affirme-t-elle.
Au rythme de la danse traditionnelle burundaise, les participantes ont célébré à la fois leur culture et leur solidarité. Avant de se quitter, de nombreuses participantes issues de différents horizons ont exprimé le même souhait : continuer à renforcer ces liens et étendre ce type d’initiative à d’autres communautés.










