Pour Apphia Kamanda, la couture est bien plus qu’un métier. C’est une passion née dans son enfance, une compétence professionnelle et, aujourd’hui, un moyen d’aider d’autres personnes à construire leur avenir.
Originaire de la République démocratique du Congo, Kamanda vit aux États-Unis depuis 2011. Elle a récemment lancé Amstylia Academy, une école consacrée à la couture, à la mode et au développement de compétences professionnelles. Son objectif est d’offrir aux personnes qui souhaitent apprendre un métier les outils nécessaires non seulement pour trouver un emploi, mais aussi pour créer leur propre activité.
Son intérêt pour la création remonte à son enfance. Son père était sculpteur et travaillait le bois et la pierre. Dans sa famille, plusieurs personnes évoluaient également dans les domaines artistiques, notamment l’architecture, la poésie et la photographie.
« Mon père était sculpteur », raconte-t-elle.
Enfant, elle observait son père transformer le bois et la pierre en œuvres d’art. Elle l’accompagnait parfois à des expositions où ses créations étaient présentées et vendues.
« Je me disais : “Wow, c’est vraiment fascinant. Moi aussi, je veux faire quelque chose comme ça.” »
Ses frères ont suivi les traces de leur père dans la sculpture. Kamanda, elle, a choisi une autre matière : le tissu.
« Je voulais travailler la matière comme mon père, mais avec des vêtements », explique-t-elle.

Au Congo, elle a été particulièrement inspirée par l’importance accordée aux vêtements et à l’apparence, notamment lors des cérémonies et des occasions spéciales. Pour elle, la mode représentait une manière de créer, mais aussi de permettre aux gens d’exprimer leur personnalité et leur style.
Elle a étudié le mannequinat et le stylisme à l’Institut supérieur des arts et métiers (ISAM), où elle a obtenu son diplôme en 2004.
Après son arrivée aux États-Unis, Kamanda a dû s’adapter à un nouvel environnement professionnel et à une nouvelle façon de travailler. Elle a notamment travaillé pendant deux ans à Westbrook Adult Education, où elle enseignait la couture et le développement professionnel.
Son travail ne consistait pas uniquement à apprendre aux étudiants à utiliser une machine à coudre ou à réaliser un vêtement. Elle les aidait également à chercher un emploi, à préparer un CV et un portfolio, à se préparer aux entretiens, à travailler à leur compte et à comprendre les différentes possibilités de travail indépendant.
« Chaque jour que l’on enseigne, on apprend aussi », dit-elle.
Cette expérience lui a permis de constater que l’intégration professionnelle demande bien plus que des compétences techniques. Il faut aussi savoir communiquer, être ponctuel, fiable et comprendre les attentes d’un employeur.
« Il y a des choses qu’on apprend ici qu’on ne fait pas chez nous », explique-t-elle.
Au fil des années, elle a également observé des différences dans les objectifs de ses étudiants. Certains voulaient simplement acquérir une compétence pour trouver un emploi, tandis que d’autres souhaitaient aller plus loin et créer leur propre entreprise.
« Il y a des gens qui veulent apprendre pour trouver un emploi, et d’autres qui ont l’esprit entrepreneurial », dit-elle.
C’est en partie de cette constatation qu’est née Amstylia Academy.
Pour Kamanda, une formation professionnelle peut constituer le premier pas vers l’autonomie économique. Une personne peut apprendre une compétence, puis utiliser cette compétence pour générer des revenus et éventuellement créer une entreprise.
Mais apprendre à coudre ne suffit pas, selon elle. Il faut également savoir fixer ses prix, trouver des clients, utiliser les réseaux sociaux, présenter son travail de manière professionnelle et comprendre les bases de la gestion d’une activité.
« Ce qui est essentiel, ce n’est pas seulement d’enseigner la technique. Si quelqu’un veut être indépendant, il faut aussi aborder l’aspect business », souligne-t-elle.
Pour Kamanda, l’état d’esprit joue également un rôle important dans la réussite. La peur de l’échec, le manque de confiance et la crainte du jugement peuvent empêcher certaines personnes de mettre leurs compétences à profit.
Elle travaille notamment sur un livre encore inédit intitulé Your First Stitch Is Your Mindset, que l’on pourrait traduire par « Votre premier point de couture, c’est votre état d’esprit ».

L’idée centrale du livre est que la réussite commence dans la manière dont une personne se perçoit elle-même et envisage ses possibilités.
« Je peux le faire. Si quelqu’un d’autre a réussi, moi aussi », dit-elle.
Cette philosophie s’adresse particulièrement aux immigrants qui doivent reconstruire leur vie professionnelle dans un nouvel environnement. Pour certains, les compétences acquises dans leur pays d’origine ne sont pas immédiatement reconnues ou utilisées aux États-Unis. Ils doivent parfois recommencer, apprendre de nouvelles méthodes et retrouver la confiance nécessaire pour avancer.
Kamanda insiste sur l’importance de la persévérance.
« Ça ne sera pas toujours facile, mais peu importe les obstacles, il faut continuer », affirme-t-elle.
Les réussites de ses anciens étudiants lui donnent aussi des exemples concrets de ce qu’une formation professionnelle peut engendrer.
Certaines personnes qu’elle a accompagnées se sont lancées dans la retouche de vêtements, la confection sur mesure et les services liés aux vêtements de mariage. D’autres ont développé des activités dans des domaines plus spécialisés, notamment les costumes et le mobilier.
Pour Kamanda, ces parcours montrent qu’une compétence peut se transformer en véritable activité professionnelle et qu’une formation pratique peut ouvrir la voie à l’entrepreneuriat.
Amstylia Academy veut maintenant aller encore plus loin.
L’école a ouvert un espace au Dana Warp Mill, un ancien complexe industriel situé à Westbrook et aujourd’hui réaménagé pour accueillir des entreprises, des ateliers, des studios et différentes activités créatives. Le site rappelle l’histoire industrielle de la ville tout en offrant aujourd’hui des espaces à de nouveaux projets, artisans, entrepreneurs et créateurs.
Pour Amstylia Academy, ce nouvel espace représente une occasion de développer ses activités dans un environnement où différents projets et métiers peuvent se côtoyer.
Dans ses locaux, l’école propose des formations en couture et en mode, de la création sur mesure, des retouches avancées, des services liés aux vêtements de mariage, de l’upcycling et différents ateliers. Une cérémonie d’ouverture a récemment eu lieu en présence de membres de la communauté de Westbrook.
Cependant, Kamanda souhaite que l’école dépasse les limites de son espace physique.
Elle envisage également de développer des cours en ligne afin d’atteindre des personnes vivant dans d’autres États, voire dans d’autres pays, ou dont les horaires ne permettent pas de suivre des cours en présentiel.
« Ainsi, on pourra toucher davantage de gens dans la communauté », explique-t-elle.
Elle reconnaît toutefois que cette expansion nécessitera davantage de ressources et de travail.
Pour Kamanda, l’entrepreneuriat n’est pas une idée découverte récemment. Il fait partie de son histoire depuis son enfance.
Sa grand-mère lui a notamment appris à tricoter. Ensemble, elles fabriquaient des objets qu’elles vendaient, une expérience qui lui a permis de comprendre très tôt le lien entre une compétence manuelle et la possibilité de gagner de l’argent.
Au Congo, elle avait déjà son propre atelier. Elle y formait des étudiants et réalisait des vêtements sur mesure.
Son parcours aux États-Unis représente donc moins une rupture qu’une nouvelle étape dans une histoire commencée bien avant son arrivée.
Aujourd’hui, elle veut transmettre cette expérience à d’autres personnes, particulièrement celles qui disposent déjà de compétences mais hésitent à les transformer en projet professionnel.
Son message est direct : il faut croire en soi et commencer avec ce que l’on possède.
L’indépendance économique peut parfois commencer par une compétence, une machine à coudre, une idée et la volonté de transformer cette idée en projet.
« Dès que tu surmontes la mentalité qui t’empêche d’avancer, tu as déjà fait un grand pas », affirme-t-elle.
À travers Amstylia Academy, Kamanda cherche ainsi à créer un pont entre formation professionnelle, emploi et entrepreneuriat. Son ambition est de donner aux personnes qui reconstruisent leur vie aux États-Unis les outils nécessaires pour devenir plus autonomes et, éventuellement, créer des opportunités pour elles-mêmes et pour les autres.
Son histoire reste profondément liée à celle de son père. Lui transformait le bois et la pierre en œuvres d’art. Elle a choisi le tissu.
Aujourd’hui, avec Amstylia Academy, elle souhaite transmettre cette même capacité de créer — non seulement pour fabriquer des vêtements, mais pour donner à d’autres personnes les moyens de façonner leur propre avenir.




